1 PRESSE LORRAINE, XVIIIe-XXe siècle Catalogue collectif des périodiques lorrains des Archives départementales des Vosges, de la Bibliothèque départementale des Vosges et de la Bibliothèque intercommunale d’Épinal-Golbey Les fonds lorrains des bibliothèques publiques des Vosges, tome 2 2 3 Avant-propos Depuis 1972, la bibliothèque départementale, service du Conseil général des Vosges, coordonne et anime tout un réseau de bibliothèques partenaires leur proposant accompagnement, soutien et formation. Si ses actions d’animation telles que les « Rencontres avec » sont connues des lecteurs, ses actions de coordination le sont moins, parce qu’elles s’exercent, au quotidien, en amont de chaque projet, dans un souci constant de travail partenarial. La publication des « catalogues des fonds lorrains des bibliothèques publiques des Vosges » relève de ces actions de coordination. À l’instar du premier volume de cette série, ce catalogue des périodiques recense uniquement les collections dites d’intérêt régional. Mais ce deuxième volume présente l’intérêt remarquable d’associer trois catalogues de bibliothèques. Il a par ailleurs une triple vocation : Proposer aux lecteurs une bibliographie exhaustive des collections de périodiques d’intérêt régional des archives départementales, de la bibliothèque départementale et de la bibliothèque intercommunale d’Épinal-Golbey ; Permettre aux professionnels de ces trois établissements de travailler en collaboration en matière d’acquisition, de conservation et de consultation, voire de prêt aux lecteurs. Mais, ce travail partenarial inédit ne devra pas s’interrompre ici. Il aura également pour vocation de se poursuivre auprès des autres bibliothèques du département qui souhaiteront s’adjoindre au projet. Il permettra aux professionnels de disposer d’un ensemble de notices pour la saisie de leurs catalogues et d’étendre cette concertation autour des acquisitions et de la conservation partagée entre établissements. 4 Ainsi, à l’heure où de nombreuses bibliothèques, y compris dans de petites communes, réalisent l’informatisation de la gestion de leurs collections, les nouvelles technologies se mettent au service des professionnels, mais surtout des lecteurs, pour que chacun puisse bénéficier de la richesse de ces collections. J’adresse donc mes plus vifs remerciements aux trois établissements qui ont travaillé de concert à l’élaboration de ce catalogue, ainsi qu’à Monsieur Philippe Alexandre, historien de la presse lorraine, qui a bien voulu donner un éclairage historique à un projet qui lui tenait à coeur de longue date. Je tiens à leur dire combien je serai, combien les lecteurs vosgiens seront attentifs aux prolongements de ce partenariat très enrichissant pour notre patrimoine. À chacun d’entre vous, je souhaite de riches lectures ou recherches. Christian PONCELET Président du Sénat Président du Conseil général des Vosges 5 Introduction par Philippe ALEXANDRE Professeur à l’université de Nancy-II Historien de la presse lorraine En 1790, les Vosges sont un département sans villes importantes et sans université, dépendant de la presse périodique de Nancy, de Metz et de Paris. C’est sans doute sous l’influence de François de Neufchâteau que paraissent dès 1791 à Épinal, le cheflieu, des Almanachs civiques qui contiennent à la fois des informations utiles et des documents qui, comme le texte de la Constitution, doivent contribuer à éduquer le citoyen et à le gagner aux principes de la Révolution. Le département ne manque certes pas d’imprimeurs, mais une relative pauvreté exclut, du fait du suffrage censitaire, une bonne partie de sa population de la vie politique. Les notables se retrouvent au sein de cercles littéraires ou de loges maçonniques. La Société d’émulation, créée à Épinal en 1825 et placée sous le patronage du préfet, publie un Journal des connaissances utiles et des Annales, dont le but est de contribuer à l’amélioration de l’agriculture, à la propagation des nouvelles découvertes, d’encourager l’archéologie, de stimuler les progrès du commerce et de l’agriculture. C’est dans le contexte d’une dynamique résultant de la paix durable assurée par la restauration que sont imprimées, en 1821, des feuilles d’annonces, à Remiremont, puis à Épinal. 6 Pour restreint qu’il soit, le pays légal vosgien n’en cause pas moins des tracas au préfet. En 1826, quatre libéraux sur cinq députés sont envoyés à la Chambre. La charbonnerie universelle, qui permet à l’opposition radicale de poursuivre une activité politique clandestine, compte plusieurs groupuscules dans le département. Au lendemain de la Révolution de Juillet, paraissent à Épinal trois feuilles d’opinion qui reflètent la situation politique locale. L’éphémère Semaine vosgienne, inspirée par le préfet, doit contrecarrer les républicains et les carbonari tout en tranquillisant l’opinion ; elle a pour rédacteur un fonctionnaire zélé, Charles Charton, homme de lettres, historien et publiciste qui éditera l’Annuaire administratif et statistique des Vosges pendant une bonne partie de la première moitié du XIXe siècle. La Sentinelle des Vosges, organe des républicains, réussit à se maintenir du 20 février 1831 au 15 mai 1833. Le Journal des Vosges, tribune du « Mouvement », de la gauche dynastique, connaîtra plusieurs métamorphoses avant de disparaître en 1853. La Monarchie de Juillet, durcissant ses méthodes, réussit à faire disparaître toute presse politique dans le département. Cet état de choses n’est compensé que par l’existence de quatre médias dont le rôle ne doit pas être sous-estimé : les feuilles politiques manuscrites qui circulent dans les cercles littéraires, les almanachs populaires dont les tirages sont très élevés, l’imagerie populaire et les journaux d’arrondissement. À Neufchâteau, paraît en 1836 une feuille d’annonces, l’Abeille des Vosges ; à Mirecourt, en 1847, la Presse vosgienne qui subsistera jusqu’en 1914 ; à Remiremont, la même 7 année, l’Écho des Vosges ; à Saint-Dié, à partir de 1839, un journal d’annonces qui sera suivi de l’Impartial des Vosges, organe conservateur. Ces journaux d’arrondissement publient, outre les annonces judiciaires et commerciales, des textes littéraires, des articles consacrés aux matières agricoles et industrielles. Leur évolution montre toutefois que l’on éprouve de plus en plus le besoin de s’exprimer sur les affaires publiques. La campagne dite des banquets qui, à Paris puis en province, précède les événements de Février 1848 révèle le potentiel de l’opposition républicaine dans les Vosges. Le régime de Juillet, qui, au départ, a donné aux modérés l’illusion qu’il allait réaliser leurs espoirs, les a finalement poussés dans l’opposition. En 1845, ils ont créé à Épinal, qui était avec Saint-Dié leur principal foyer d’agitation, le Courrier des Vosges. Dans la montagne, déjà industrialisée, certains éléments dévoués aux idées communistes mènent une agitation intense. Dès l’automne de 1848, le gouvernement commencera à surveiller étroitement la presse des départements, privant ainsi l’opposition, radicale surtout, de son principal moyen de propagande. La crise économique, accentuée par le désordre qui résulte des troubles révolutionnaires, accélère la disparition de ces feuilles d’opinion publiées dans un certain nombre de villes du département des Vosges. 8 La Seconde République voit naître à Remiremont le Peuple vosgien, le premier journal socialiste du département, qui succombe aux tracasseries de l’administration préfectorale et aux mesures qui accompagnent le coup d’État du 2 décembre 1851. Le Journal des Vosges qui, aux élections de 1852, apporte son soutien à d’autres candidats qu’aux candidats officiels, disparaît lui aussi. Les feuilles d’arrondissement, si elles veulent survivre, doivent se montrer prudentes. À l’époque de l’Empire autoritaire, le seul véritable journal d’information générale et politique du département a pour titre le Courrier des Vosges ; il fonctionne comme moniteur départemental et organe officieux de la préfecture. Les concessions faites par Napoléon III, puis le développement du parlementarisme sous la Troisième République vont faire naître dans les principales villes vosgiennes une presse très diaprée qui reflète des réalités économiques et politiques assez différentes d’un arrondissement à un autre. En 1870, dans le contexte de la guerre franco-allemande, Octave Busy fonde à Épinal le Mémorial des Vosges, organe républicain, qui en 1885 deviendra le premier quotidien vosgien. Il sera pour Jules Ferry un allié fidèle. La ligne qu’il adopte au tournant du siècle, celle de républicain progressiste, lui permet de conserver une audience assez large, même si elle ne s’étend pas encore à la totalité du département. 9 À l’époque de la Troisième République, cette presse d’opinion constitue l’un des terrains sur lesquels se déroulent les grandes luttes idéologiques. La presse conservatrice notamment adopte, durant les périodes électorales, un ton souvent très agressif. À Épinal, le Journal des Vosges, conservateur, relayé en 1874 par le Vosgien, s’oppose au Mémorial ; à Saint-Dié, l’Impartial des Vosges est l’adversaire de la Gazette vosgienne ; à Remiremont, c’est le Journal de Remiremont qui soutient la cause des conservateurs. Lorsque, bien installée, la République inaugure sa politique de laïcisation et, surtout, à partir du moment où elle se montre franchement anticléricale, on voit se développer une presse catholique, conservatrice et nationaliste, qui se fait la championne de l’Église, de la patrie et des valeurs traditionnelles. L’imprimeur Victor Collot fonde en 1889 à Épinal la Croix de Lorraine, supplément lorrain de la Croix (1889-1908). Le « réveil catholique » se manifeste aussi à Remiremont, où paraît en 1891 l’Intransigeant des Vosges, suivi la même année du Réveil catholique qui fusionne, en 1909, avec la Croix de Lorraine qui, entre temps, a pris pour titre le Peuple vosgien. Le Tirailleur des Vosges, publié de 1884 à 1889 à Remiremont, s’est déjà donné l’étiquette « catholique ». Nous sommes dans la montagne industrielle, où les chefs d’entreprises républicains, représentés par l’Industriel vosgien (1871-1940), exercent une grande influence et où se constituent les premières organisations socialistes. 10 Pour les catholiques, la presse d’information n’est que l’un des instruments de leur mobilisation contre le ministère Combes anticlérical. Alphonse-Gabriel Foucault, évêque de Saint-Dié (1893- 1930), s’appuie aussi sur la Semaine religieuse de Saint-Dié, organe officiel de l’évêché créé en 1876, qui fixe les grandes orientations et mobilise ses lecteurs en rendant compte de l’activité de la résistance catholique ; le Bulletin paroissial vosgien a, lui aussi, pour but de défendre les principes doctrinaux de l’Église. En 1900, les Vosges, zone frontière, restent républicaines, comme les deux autres départements lorrains ; la République y est considérée comme synonyme de patriotisme et de défense de la République. L’affaire Dreyfus divise toutefois durablement les républicains. Beaucoup d’élus lorrains comptent parmi les républicains « progressistes » ou « libéraux ». Hostiles à la révision du procès de Dreyfus, ils se trouvent rejetés à droite, alors que les « républicains de gauche », partisans de la révision, s’engagent plus à gauche, aux côtés des radicaux, pour former la majorité à la Chambre. Ces divisions se traduisent, dans les Vosges également, par le développement d’une presse nationaliste née à l’époque du boulangisme et en réaction à celle d’une presse radicale. Le Républicain des Vosges, créé à Épinal en 1892, est le fer de lance des radicaux du département ; sa mission est de combattre le Nouvelliste des Vosges, mais il ne se prive pas de critiquer aussi la Gazette et le Mémorial auxquels il reproche trop de déférence à l’égard de la droite 11 et qui, en tant que journaux bien établis, ont adopté une ligne modérée, tout comme l’Industriel vosgien à Remiremont. Les nationalistes ne sont pas en reste. Le Nouvelliste des Vosges (1888-1914), qui paraît à Épinal, est créé par Pierre Buffet, personnalité phare de la Plaine des Vosges. À Remiremont, la Volonté nationale (1899-1920) est le journal du député Flayelle ; il a pour devise : « Dieu et Patrie. La France aux Français. Pour les droits du peuple ». Saint-Dié aussi a sa presse nationaliste avec l’Écho de la frontière, dont la ligne éditoriale varie, il est vrai, la Tribune républicaine, la Chronique des Vosges, le Petit Déodatien, organe d’Hubert Bazelaire de Lesseux, officier et industriel. Mirecourt diffuse dans la Plaine des organes qui s’opposent énergiquement au Bloc, à la « tyrannie gouvernementale » et apportent leur soutien à Bouloumié. La première guerre mondiale marque, pour de multiples raisons, une rupture dans l’histoire de la presse nationale et départementale. Bien avant la fin du conflit armé, les catholiques vosgiens prennent l’initiative. Tandis que Mgr Foucault se dépense sans compter pour soutenir la population de Saint-Dié, l’abbé Henri Barotte fonde à Épinal, en décembre 1915, le Foyer vosgien qui sera dirigé par l’abbé Idoux puis par l’abbé Litaize. Dès 1919, son tirage dépassera les 20 000 exemplaires. Barotte est aussi le premier directeur du Télégramme des Vosges, créé en octobre 1918, auquel collaborent le Nancéien Jean Mory, Joseph Grave et Pol Ramber. Ce dernier, lauréat du Prix Erckmann-Chatrian en 1937, prendra ses distances et fera notamment paraître, de 1925 à 1932, la revue satirique la Pie 12 vosgienne. Le Télégramme, qui affirme être le journal de tous les bons Français, a une ligne éditoriale résolument cléricale, anti-socialiste et anti-communiste, hostile aux internationalistes en qui il voit des traîtres à la patrie. Organe de l’Union républicaine démocratique, il a, aux dires du préfet, une influence assez importante dans tout le département, contrairement à celle de l’Express de l’Est qui reste limitée à celle de l’arrondissement d’Épinal. L’Express de l’Est, créé en 1921, est toutefois appelé à devenir l’un des trois premiers quotidiens des Vosges. Il fonctionne d’abord comme instrument de relations publiques et organe politique de l’industriel Paul Lederlin, maire de Thaon-les-Vosges, conseiller général du canton de Bains-les-Bains et sénateur, qui appartient au groupe de la Gauche démocratique. Au service des élus vosgiens de la mouvance radicale, l’Express adopte un ton modéré, il propose un contenu varié qui lui permet d’élargir son audience. Il polémique, notamment lors des élections législatives de 1924, avec le Télégramme ainsi qu’avec la République des Vosges, organe de la Ligue de la République, dont le nouveau rédacteur, Marc Rucart, sera député et ministre. Si la Ligue voit une partie de l’opinion locale se détourner d’elle, c’est en raison des divisions de la gauche, en particulier de celle du parti socialiste que Jaurès a, tant bien que mal, unifié en 1905, et de son internationalisme. En 1939, les trois journaux spinaliens : le Foyer vosgien, l’Express et le Télégramme tirent respectivement à 22 000, 21 000 et 20 000 exemplaires. À la même époque, les Dernières Nouvelles d’Alsace de 13 Strasbourg ont un tirage de 138 000 exemplaires ; celui de l’Est républicain et du Républicain lorrain de Metz s’élève à 139 000 et 72 000 exemplaires, car ces titres ont une diffusion qui couvre des zones régionales plus étendues. La seconde guerre mondiale marque une seconde césure qui va modifier profondément le paysage de la presse française. Tandis que se développe le syndicalisme, dans les Vosges comme ailleurs, les chambres de commerce et d’industrie ainsi que les associations agricoles et les chambres d’agriculture, créées en 1925, apportent leur soutien aux mouvements agrariens. Ce sont toutefois les deux facteurs religieux et national qui, au début des années trente, font basculer l’opinion lorraine vers la droite. Dans les Vosges, l’action militante des catholiques s’intensifie ; son organe est le Foyer vosgien qui revendique l’étiquette « républicainenationale ». La Fédération des catholiques vosgiens publie un Moniteur civique, un bulletin ; l’Union diocésaine d’action catholique, des Consignes catholiques. La gauche, le Bloc laïque vosgien, tente de s’opposer à ce mouvement en s’appuyant sur ses organisations de jeunesse, la Ligue des droits de l’Homme, la Ligue de l’enseignement, qui ont chacune leurs propres organes de presse. En vain. En 1934, le Conseil général des Vosges bascule à droite. À partir de 1945, l’évolution de la presse d’information générale et politique se caractérise d’abord par un phénomène de concentration. Dans les Vosges, deux quotidiens vont se partager le marché de la presse quotidienne régionale : l’Est républicain, dont une 14 édition vosgienne paraît dès 1944, et la Liberté de l’Est, créée en mars 1945. « L’Est » se positionnera au niveau national comme l’un des premiers quotidiens régionaux français, et « La Liberté », qui dans les années 2000 sera l’un des derniers quotidiens départementaux, revendique l’étiquette de « journal des Vosgiens ». La Liberté permet à l’identité du département de s’exprimer. Elle aura par la suite quatre éditions (Épinal, Saint-Dié, Neufchâteau, Remiremont) qui perpétueront, d’une certaine façon, la tradition de la presse d’arrondissement, leurs zones de couverture respectives correspondant à des entités bien distinctes : la région du chef-lieu, la Déodatie et la Montagne, la Vôge, la Plaine. Pour son édition « Vosges », l’Est Républicain aura trois agences (Épinal, Saint-Dié, Remiremont). Cette stratégie répond aux attentes d’un lectorat qui apprécie une presse dite de proximité, ancrée dans les traditions et les réalités locales. Durant les années soixante, les Vosges sont entrées, elles aussi, dans l’ère de la communication. Un certain nombre de faits nouveaux ont marqué le paysage de la presse périodique du département, en particulier la naissance et le développement du groupe Alain Thirion, qui a acquis peu à peu une dimension régionale. Ce groupe s’étendait en 1990 non plus seulement à l’imprimerie, la communication, l’édition, la distribution, mais aussi à l’industrie et l’immobilier. En 1970, Alain Thirion a créé le périodique d’annonces gratuit Flash 88, puis il s’est rendu acquéreur de l’Abeille des Vosges, de Neufchâteau, qui a continué de paraître à 15 Épinal sous le titre l’Abeille, et de l’Écho des Vosges, ex-Gérardmer républicain. Il a ensuite élargi son activité avec Magazine 68 (Colmar), Telex (Épinal), l’Édition du Sapin d’or, Radio Vosges FM de Saint- Dié, et s’est doté de moyens stratégiques de production et de diffusion en absorbant entre autres dans les Vosges les imprimeries Fricotel S.A. (Épinal), Chevroton (Gérardmer), Loos-H.V.I.- Humblot (Saint-Dié-Nancy), et en créant la papeterie Flash 88, la librairie Concorde à Épinal, la papeterie de l’Écho à Gérardmer, la librairie-papeterie Cap 54 à Lunéville. Cette dynamique de concentration se caractérise, au niveau de la presse, par une stratégie judicieuse consistant, là aussi, à s’appuyer sur la tradition locale. Depuis les années soixante-dix, un nombre croissant de municipalités vosgiennes ont relevé le défi de la « proximité » en éditant des périodiques d’information dont Vivre à Épinal reste l’un des meilleurs exemples. Le Conseil général s’est doté d’une cellule de communication dans le but d’expliquer sa politique et de contribuer à la promotion du département ; les revues Tremplin et Espace Vosges apportent le témoignage d’une vitalité nouvelle. En tant que chef-lieu, Épinal a vu aussi se développer une presse d’information ciblée et spécialisée que diffusent les administrations, par exemple dans les domaines de l’agriculture, de l’aménagement du territoire ou de la santé publique. Cette information est rendue nécessaire par la complexité grandissante de systèmes qui doivent fonctionner avec efficacité. Enfin, les associations de tous ordres, à caractère professionnel, militant, caritatif ou sportif, éditent 16 aujourd’hui presque systématiquement des bulletins de liaison et d’information. Au milieu de ces manifestations de la modernité, un phénomène ne manque pas de retenir notre attention : l’activité des sociétés savantes du département des Vosges. La Société d’émulation des Vosges et la Société philomatique de Saint-Dié, qui, en 1875, a en quelque sorte mis fin au monopole de la première dans le domaine des études locales, ne sont plus les seules à cultiver la mémoire historique vosgienne. La Société d’histoire locale de Remiremont publie depuis 1978 le Pays de Remiremont ; l’Association de sauvegarde du patrimoine et d’animation de la vallée de la Sermone, depuis 1980, Au fil de la Sermone ; la Section d’histoire locale du canton de Rambervillers, depuis 1980, Au bord de la Mortagne. Comme on le voit, son statut administratif a, peu à peu, fait d’Épinal le centre de la presse d’information générale et politique, de la presse administrative dans les Vosges, mais force est de constater que la Plaine et la Montagne ont su préserver leur identité qui s’affirme, aujourd’hui encore, à travers un certain nombre de titres. Ces entités périphériques entretiennent en outre des contacts naturels avec les départements limitrophes, comme en témoigne, pour Saint-Dié et la Montagne, la revue Dialogues transvosgiens qui montre bien que le massif vosgien n’est pas un obstacle naturel.